Concert de Laibach à L'Elysée Montmartre, 25 mars 2008.Laibach a proposé le même concert qu'en novembre 2006, à La Locomotive.
J'y étais donc mieux préparée que la fois précédente..
La dernière fois, j'avais été assez déconcertée, vu que je ne connaissais que l'album
WAT et qu'ils jouent l'intégralité du dernier album ,
Volk, que je connaissais pas , et qui est complètement différent.
Le concert propose un show en deux parties.
La première partie est la plus longue. Le groupe y joue l'intégralité de l'album
Volk. Je n'ai toujours pas écouté cet album, mais l'ayant écouté et vu au concert dernier j'y étais davantage familiarisée.
Donc essayer de parler de ce concert, c'est essayer de donner une idée du concept de cet album. Du concept du groupe Laibach en général, aussi, mais là ce serait vraiment trop vaste.
L'album
Volk est constitué d'hymnes nationaux revisités à la sauce Laibach. Les paroles y prennent une signification tout à fait grinçante.
L'enveloppe, aussi bien celle de l'album (un troupeau de moutons broutant paisiblement dans un pâturage) que celle du concert, est déconcertante, indécidable, ou au moins multiple, quant à son sens.
Le concert est davantage la mise en scène d'un concept, qui est à voir aussi bien qu'à entendre, que l'intérêt d'une musique (qui est assez discutable).
Cette musique est, toutefois, bien loin d'être mauvaise et mal faite. Elle est très différente de celle des albums précédents de Laibach qui étaient tout pétris dans l'indus, un indus très personnel que l'on retrouve dans la deuxième partie du concert.
La musique de
Volk est pop : à thème populaire (les hymnes nationaux), musique populaire. La composition est soignée. Ils ont collaboré avec le groupe Silence pour celle-ci. Au chanteur habituel de Laibach, s'adjoint un autre chanteur, Boris Benko de Silence, à la voix beaucoup plus aiguë et assez virtuose. C'est soigné et non dépourvu de beauté. Mais assez sirupeux, et pas mal emmerdant, en somme. C'est pour cette raison que, même si le concert, la mise en scène en concert de cet album est très intéressante, je n'ai toujours pas écouté l'album. Musicalement, il m'emmerde, et je le trouve même un peu indigeste.
Bien sûr, tout est pensé chez Laibach, et même cette enveloppe sirupeuse. Jusqu'à quel point ? personne ne peut le savoir et ne peut déterminer la part de ratage qu'il peut y avoir par rapport à ce qu'ils ont voulu faire, personne ne peut décider tout ça sans une grande présomption.
J'aurais envie de dire qu'une musique véritablement intéressante en elle-même n'est pas incompatible avec un concept et que j'aimerais que la musique de Laibach le soit davantage. Oui, mais Laibach n'est pas n'importe quel concept et une musique véritablement intéressante ne serait sans doute pas compatible avec le propos de Laibach. C'est un peu dommage malgré tout, mais on ne peut pas désirer que Laibach soit autre chose que Laibach et heureusement que ce groupe existe, tel qu'il est.
Laibach is Laibach et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ne manquent pas d'intégrité.
A propos de cette première partie de concert.Le concert est accompagné de projection de vidéos, bien faites, qui enfoncent méchamment le clou. Très souvent les textes des paroles défilent. Comme à l'intention de ceux qui ne comprendraient pas les textes (le plus souvent en anglais pour cet album), à la manière d'une propagande pour bien enfoncer le message.
Mais alors, c'est quoi, c'est quoi, le concept, c'est quoi, le message ?
Ce que j'aime chez Laibach, c'est l'indécidable, le mouvant, ils changent de lieu, de bord. Encore une fois, impossible de dire : Laibach veut dire ceci, signifie ceci, là ils sont sérieux , là ils ne le sont pas, sans une grande présomption.
Ce que l'on retrouve souvent, ce sont certains décalages : un propos grinçant / et un chanteur (Boris Benko) aux douces envolées, auquel on peut trouver un côté bouffon dans sa gestuelle, sa façon d'être, sa façon de chanter. Bouffonne, sa belle voix même. Dans le contexte. A côté du chanteur du groupe Laibach, à la voix magnifiquement grave, sérieux comme un pape, le regard fixe et inexpressif, un charisme que l'on pourrait dire réduit à 0, ou bien tout à fait le contraire, les bras souvent ouverts, nous faisant quelquefois, souvent, taper des mains, ( c'est à ça que se réduit son seul jeu de scène, mais ça n'est justement pas sans importance), marquant le rythme comme un ringard en avançant la tête en rythme comme un pigeon.
Sérieux jusqu'à quel point ? se foutant de notre gueule, jusqu'à quel point ? à quel moment ? de tout le monde ou de quelques-uns? croyant à la valeur de sa musique un peu ? beaucoup ? pas du tout ?
Décalages, ou bien complètes concordances entre ce que pilonnent les textes et ce que pilonne la musique, exactement telle qu'elle est.
Encore une fois, concordance jusqu'à quel point ?
C'est donc intéressant (très !), bien fait, bien pensé, d'une certaine beauté.
Mais pas mal chiant.
La deuxième partie , beaucoup plus courte, revient sur le style indus de Laibach, essentiellement à travers l'album
WAT.
C'est ce qu'une grande partie du public de Laibach attend.
Il est quelquefois dit que c'est de la musique de dance floor, très proche de la techno.
Hyper bien faite, en tout cas. Moi que la techno, l'electro et l'indus emmerdent toujours très copieusement, j'aime beaucoup l'album
WAT.
Car ce n'est pas que cela (en dehors, bien sûr, des textes). Il y a des choeurs, une atmosphère, c'est réellement bien fait, puissant et inspiré, dans son genre.
On se retrouve donc à danser mit Laibach. On se sent un peu con de taper du pied et taper des mains dans ce contexte. Mais bah pourquoi empêcherait-on le corps de danser sur une musique qui fait danser. C'est entraînant... comme une marche militaire. Oui, voilà.
Cette partie s'ouvre, justement, par la chanson "Tanz mit Laibach". Vraiment bien percutante. Et à la fois bien représentative du décalage (ou/et parfaite concordance) dans lequel on se sent toujours. Il n'y a qu'à regarder la vidéo qui est projetée derrière, avec tout un tas de petits squelettes bien rigolards qui dansent en cadence : ça donne bien le ton de l'ensemble. Encore une fois, Laibach croit-il à la valeur de sa musique dans ce contexte ? Quand le chanteur nous fait taper des mains avec un regard tout à fait éteint, comment nous considère-t-il ? comment considère-t-il la musique sur laquelle il est en train de chanter ?
Deux filles (Eva et Natasa hiiii !!), très très bien campées, avec nattes et mini-jupes, jouent une percussion répétitive, tapent , très puissamment, des mains , font, brillamment, les choeurs. Elles restituent parfaitement une dimension et une atmosphère essentielle de l'album.
Le groupe sur scène ne serait pas ce qu'il est sans elles.
Cette partie se termine par "Das Spiel ist aus". Vraiment ? c'est pas sûr.
Ils nous laissent avec, sur l'écran, le titre des morceaux qui ont été joués, et leur source, qui défilent indéfiniment, et ces morceaux sont diffusés, comme les derniers tubes qui passeraient à la radio, ou comme les hymnes de travailleurs ou patriotiques à bien s'enfoncer dans la tête avant de repartir , pleins d'entrain, au boulot.
Pas de rappel, mais on va dire qu'ils sont venus "saluer", et/ou bien se foutre de notre gueule une dernière fois. D'abord les deux Laibachettes, seules, pour nous faire taper des mains. Puis tout le groupe pour nous faire aussi taper des mains.
Pour certains détails (détails , faut quelquefois voir...):
Le concert était prévu à 18 h30. La salle a ouvert ses portes à 18 h30 précises. La salle était coupée dans le fond par un rideau comme pour les jours où ce n'est pas un groupe à large public qui joue.
Pendant une heure nous avons eu un mec qui ruminait du chewing-gum d'un air absent (tel un des moutons de la cover de
Volk), à une table de mixage, qui , comment dire, "diffusait" ce que j'appellerais de la techno (euh.. non... de l'electro...), avec le risque de ne pas être très exacte ou précise, mais quelle importance ? (ah si, pardon, ça en a beaucoup)...
Je suis tellement peu branchée sur ce genre de choses, que j'ai mis un moment pour comprendre, qu'il "diffusait" de la musique. J'avais l'impression qu'il arrangeait le matos pour Laibach, ou qu'il attendait quelque chose. Peut-être qu'il attendait réellement quelque chose, d'ailleurs. Du genre, Godot. Ou que son chewing-gum n'ait plus de saveur.
Ensuite nous avons eu , comme toujours, une bonne demi-heure d'hymnes. En français, s'il vous plaît. Ça a commencé par "L'Internationale" pour finir par "La Marseillaise". C'est drôle. Ce n'est pas sans beauté. Et on se sent tout de suite chez Laibach.
Beaucoup de personnes sont arrivées vers 19 h 30, mais ce n'était pas plein.
Laibach a dû arriver vers 20 h 15 et terminer à 22 h. Ce qui fait un concert bien consistant.
J'étais placée contre les barrières, tout à fait au centre
La setlist :Volk :
"Germania" - inspiré de "Das Lied der Deutschen"
"America" - inspirée de "The Star-Spangled Banner"
"Anglia" - inspirée de "God Save the Queen"
"Rossiya" - inspirée de l'hymne national de la Russie (depuis 2000)
"Francia" - inspirée par "La Marseillaise"
"Italia" - inspirée par "Il Canto degli Italiani"
"España" - inspirée par "Marcha Real"
"Yisra’el" - inspirée par "Hatikvah" (Israel) et "Biladi" (Palestine)
"Türkiye" - inspirée par "İstiklâl Marşı"
"Zhonghuá" - inspirée par "La marche des volontaires" (Chine)
"Nippon" - inspirée par " Kimi ga Yo" (Japon)
"Slovania" - inspirée par "Hey, Slavs"
"Vaticanae" - inspirée par" Inno e Marcia Pontificale" (Vatican )
"NSK" - Hymne de la Neue Slowenische Kunst
2ème partie :"Tanz mit Laibach"
"Alle gegen Alle"
"Hell symetry"
"Achtung !"
"Du bist unser"
"Das Spiel ist aus"
Ici, quelques belles photos de ce concert :
http://www.kamera-fkn.com/home.htm